Le Taillevent

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Le Taillevent

Message par Lafleur le Lun 1 Juin - 17:07

Le Taillevent









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Navire de légende, connu de tous les navigateurs, dirigé par un équipage très sélectif et donc fort compétent. Tous les amiraux de ce navire avaient une place au Sénat, et la tradition perdure encore aujourd'hui. L'histoire de ce vaisseau est jonché d'alliances, de guerres ouvertes et de manœuvres diplomatiques plus ou moins douteuses. La plupart des chefs de civilisations connaissent le Taillevent pour la simple et bonne raison qu'au sein de leur gouvernement se trouve sûrement, ou s'est trouvé un membre de ce vaisseau à la fois militaire, commerçant, et politique. Les contacts de l'amiral, répertoriés dans d'immenses répertoires, constituent la première raison à cette notoriété. Nombre de conflits, d'affaires intergalactiques, transitèrent ou trouvent leur origine dans la pièce que l'on nomme "L'Auguste Office". Des chefs militaires, des ministres, parfois de grands pontes du commerce et de l'industrie sont régulièrement reçus, en toute discrétion, dans ce magnifique office, coeur de l'immense navire.
Les ennemis de l'amiral du Taillevent, peu importe son nom, sont nombreux, et pour cette raison le majestueux navire est aujourd'hui l'un des plus redoutables qui puisse flotter. On le dit capable d'anéantir une planète ou de l'ébrécher sur décision du Quartier Maître, est c'est là la deuxième raison de la célébrité du Taillevent.
Il s'agit purement et simplement d'une forteresse ambulante, protégée par d'illustres généraux nommés très sévèrement, pour preuve de leurs talents. L'équipage du Taillevent se chiffre de nos jours en centaines d'hommes. Bien que les chiffres soient flous, le dernier rapport public du Sénat table entre 800 et 1000 personnes, le chiffre oscillant constamment selon les événements. La puissance de ce navire n'est donc plus à prouver ; que ce soit son équipement aujourd'hui certainement inégalé, ou la férocité de ses soldats, tout est fait pour dissuader les hypothétiques assaillants.
Enfin, et c'est le troisième pilier essentiel, le commerce. Les comptes du Taillevent ne se comptent même plus ; sur chaque planète où l'amiral est titulaire de comptes bancaires, ceux-ci sont régulièrement repérés comme les plus remplis. L'empire économique de cette institution volante ne s'est cependant pas bâti en quelques semaines, c'est là l'oeuvre d'investissements énormes qui datent pour les premiers de six, voire sept siècles. Et c'est aussi là raison pour laquelle le Taillevent est si respecté et craint, à l'instar d'une civilisation à part entière : il à la main mise sur la situation économique d'une dizaine de gouvernements siégeant au Sénat, et participe activement, autant que possible, à celle des autres. L'amiral est, à titre symbolique (le Cambusier du Taillevent en est le réel responsable), titulaire d'entreprises pionnières dans l'armement (sur Shun, sur Ezanwe, chez l'immense et dominant empire des Hommes, descendants directs de la planète Terre), mais également dans l'alimentaire, la santé et les nanotechnologies de pointe.

La hiérarchie au sein du navire s'inspire directement de la tradition navale ancestrale établie sur Terre, à l'époque ou le berceau de l'humanité existait encore. Sa rigueur et sa précision sont à l'origine de la discipline des marins du Taillevent, bien que les putsch et les rixes soient nombreux, dus à sa relative inamovibilité.

SARA TRAJEN - AMIRAL





Sara naquît sur un transporteur de prisonniers qui transitait entre Shun et des colonies commerciales étrangères. Son père, navigateur aguerri, prit rapidement sa fille pour élève et lui enseigna les rudiments de la traversée de l'espace. Réticente, Sara donna du fil à retordre à son géniteur, qui avait beaucoup de mal à ne pas perdre patience. Celui-ci était en charge d'un voyage dangereux, et ne supportait pas que sa fille prenne à la légère une mission d'importance nationale. La jeune fille ne cessait de poser des questions impertinentes aux yeux de son père, et faisait fi de l'essentiel. Usé, il se résigna et décida de l'envoyer avec sa mère dans les quartiers du personnel de bord. Le lendemain de cette décision, le transporteur fut attaqué par des pirates venus libérer leurs confrères enchaînés dans les cales. C'était fréquent, et surtout prévisible, ce genre d'attaques étaient quasiment hebdomadaires. Les croiseurs militaires qui escortaient le vaisseau exterminaient généralement la menace en quelques minutes, mais cette fois, les pirates étaient plus équipés, plus aguerris. Sur la coque de l'immense corsaire, on pouvait lire "Finder". Lorsque le père de Sara aperçut l'inscription, il était déjà trop tard, les six vaisseaux défenseurs étaient déjà réduits en poussière. Quelques insupportables minutes après, le transporteur était solidement attaché et remorqué par le terrible Flibustier. Dans les cales, les grondements terrifiants des prisonniers résonnaient, ils tapaient en choeur leurs chaînes pour intimider les gardiens. Le père de Sara choisit de privilégier sa famille, et ordonna à son peu d'hommes armés de sauver sa femme et sa fille, tandis qu'il se chargerait de faire échouer la manoeuvre des pirates. L'héroïque entreprise fut rapidement calmée lorsqu'un chargeur de fusil-mitrailleur se vida dans son crâne. Sous les yeux de sa fille seulement âgée de 7 ans, le père avait été cruellement abattu. Ce fut le tour de la mère, que des malfrats violèrent dans le SAS de décompression du transporteur, avant de l'assommer et d'ouvrir la porte blindée qui la séparait de l'espace.
Lorsqu'il fallut décider du sort de Sara, les prisonniers intervinrent pour l'épargner, à la surprise générale. L'enfant avait passé ses nuits près des cellules, à nourrir les nantis pendant qu'ils lui apprenaient leur vision de la navigation spatiale. Là était l'origine de son désintérêt pour les dires de son père dont elle ne sut profiter assez. Abraham, alors fraîchement promu second de Finder, devait marquer le coup et s'imposer comme un leader imposant. Il envoya l'enfant à la dérive, dans une capsule de secours individuelle.
Il fallut une semaine d'errance avant que Sara ne soit interceptée par un navire plus monstrueux encore que celui de Finder : le Taillevent. Là, on l'accueillit sévèrement. Le Maître d'Equipage l'intégra en lui faisant nettoyer les chambres des marins. Le dur labeur dura deux ans pendant lesquels Sara écoutait aux portes, prêtait une oreille attentive aux discussions des responsables qu'elle épiait. Dans son bloc affilié, on l'appelait "la mule" ou encore "forte-tête", parce qu'on ne connaissait pas son nom, et que lorsqu'on engageait la conversation, elle prenait un malin plaisir à contredire son interlocuteur pour l'agacer. Finalement, à force d'efforts le Maître Canonnier, qui avait besoin de personnel après une épidémie de grippe très violente, décida de la prendre avec lui et de la tester. A cause de sa petite taille, on lui faisait nettoyer des ogives de l'intérieur, de préférence défaillantes pour tenter d'effrayer l'enfant. Mais Sara n'avait pas froid aux yeux, et elle avait trouvé au Taillevent une hiérarchie qui lui convenait. Puis un jour qu'elle frottait les canons pour les décrasser, elle aperçut une anomalie dans les circuits électriques qui servaient au déclenchement automatique des tirs. La procédure aurait voulu qu'elle prévienne le Maître Canonnier, mais elle saisit quelques fils électriques qui traînaient dans la réserve la plus proche, par chance ouverte, et tenta quelques rafistolages, en vain. Deux heures passèrent sans le moindre résultat, et le Maître Canonnier s'aperçut de ce qu'elle était en train de faire pendant sa ronde habituelle du soir. Après l'avoir violemment fouettée une demi-douzaine de fois pour désobéissance, il félicita modestement la jeune fille ensanglantée pour son esprit d'initiative. Le lendemain, le jour de son anniversaire, abîmée, elle apprit sa promotion au rang de matelot seconde classe. C'était le poste le plus bas de la hiérarchie, mais nombre de soldats de l'univers se seraient entre-tués pour cette place, donnant accès à toutes les autres. Elle fut donc officiellement la plus jeune femme de l'histoire du Taillevent à intégrer l'équipage, soit à 12 ans.
Son ascension fut relativement rapide par rapport à la moyenne. Élève maistrancier à l'âge adulte, elle grandit tant bien que mal dans un univers presque exclusivement masculin. Tantôt la méprise, tantôt l'admiration, Sara était le sujet d'une diversité de sentiments impressionnante. Son nom finit par atteindre les oreilles du vieil Amiral Daggerfall. A la vérité, les légendes qui courraient sur Sara le motivèrent plus que ses réels talents de jeune sous-officier. Il décida, pour consolider sa popularité déclinante, de la propulser arbitrairement à ses côtés comme Elève-Amiral, rang fictif qu'il inventa spécialement pour l'occasion. Cette décision, dans une multitude d'autres mauvais choix peu pertinents, incitèrent les officiers, deux ans après, seuls électeurs de l'Amiral, à s'insurger et à demander la démission de Daggerfall. Sara observait les événements avec intérêt. Elle qui aspirait déjà à prendre la place de l'Amiral, elle s'enrichissait et analysait les comportements à bord. Finalement, le vieil Amiral fut destitué du pouvoir sur décision exceptionnelle du Conseil de Régence composé des Maîtres (d'Equipage, Canonnier..., élus par l'équipage) et des Officiers Généraux (plus gradés que les Officiers Supérieurs, et donc que les simples Officiers, tous nommés).
Vînt ensuite la question de la succession, période difficile qui se devait être rapide pour éviter les tentations. Daggerfall avait presque battu record de longévité au poste d'Amiral, ayant commandé pendant plus de 40 ans le légendaire vaisseau. De fait, les membres du Conseil étaient tous difficilement capables d'appliquer la procédure habituelle. On ressortit alors les règles originelles du Taillevent pour avoir le coeur net. Le règlement voulait que l'Amiral nomme un successeur direct, au moins Maître ou Officier, avec l'accord symbolique du Conseil. Quantités d'exceptions étaient listées, mais une seule fit changer le cours des choses :

"[...]Ayant pour horizon la pérennité de l'Auguste Frégate, la présente règle énonce que le favori de l'Amiral sera lui-même nommé Amiral, si celui-ci meurt avant ou après la démission, volontaire ou non[...]" .

L'objectif de cet ordre était simplement d'éviter qu'en cas d'assassinat, les intéressés puissent prendre le pouvoir, en remettant le pouvoir dans les mains d'un individu digne de la confiance de l'ancien Amiral. Et le hasard voulu que Daggerfall meurt mystérieusement dans son lit le soir de sa déchéance. Ainsi Sara fut-elle nommée Amiral. Le Conseil mitigea tout de même cette abrupte succession hasardeuse (il n'avait jamais dévoilé, de sa carrière, d'autres favoris), en imposant à la jeune femme le tutorat du Vice-Amiral, Marc-Antoine.




Sara fut entraînée rudement, comme tous les membres du Taillevent, au combat, en dehors des heures de travail. Les instructeurs intérimaires changeaient régulièrement, recrutés parmi les meilleurs dans toute la Galaxie, mais Sara fut privilégiée. C'est Daggerfall qui lui transmit ses techniques pendant deux ans, pendant des journées qui mêlaient enseignement de la navigation, du capitanat, et du combat. Les plus perspicaces voient dans cette courte période, l'association de deux génies contemporains, délaissés puis attirés par leur seul trait commun : la solitude.




MARC-ANTOINE - VICE-AMIRAL





Marc-Antoine est le Doyen du Taillevent, et joua pendant tout le règne de Daggerfall le rôle de contre-pouvoir. A plusieurs reprises, il tenta publiquement de faire chuter son vieux confrère, mais les fidèles de l'Amiral, trop nombreux et trop influents, firent systématiquement échouer ces tentatives. Pourtant, tout jouait en sa faveur. Il avait prouvé à maintes reprises ses talents de diplomate en occupant le siège de Daggerfall au Sénat, il fut l'instigateur d'un projet de modernisation de planètes mises à l'écart, augmentant la popularité du Taillevent dans les contrées reculées de la Galaxie, tout en s'octroyant le contrôle politique de ces terres. En endettant ces pauvres, il assure encore aujourd'hui une grande partie des rentrées financières du navire. Son parcours l'a amené à croiser de nombreux responsables politiques (parfois encore en place dans les contrées les moins démocratiques), et son annuaire s'avère chaque semaine très précieux. Mais pour autant, ce vieux briscard n'a jamais su se faire les bons amis au bon moment : depuis la nomination de Sara Trajen, sauf miracle, son évolution en tant qu'Amiral semble fort compromis.
Marc-Antoine ne combat plus aujourd'hui, mais il eut son heure de gloire comme Quartier-Maître du Troisième Corps du Taillevent, très populaire parmi ses hommes. Sa bravoure n'avait d'égal que son charisme, il avait le don d'inciter ses hommes à aller chercher dans le plus profond d'eux-mêmes lorsque les combats s'éternisaient. Dans sa tenue de cérémonie, la quantité de médailles qu'il arbore semble presque exagérée.

Marc-Antoine est officiellement l'ennemi de Daggerfall, puisque son poste l'oblige à contester et à revoir toutes les actions de l'Amiral. Mais les deux hommes ont cohabité pendant si longtemps que la prise de pouvoir de Sara affaiblit considérablement le moral de Marc-Antoine. Les deux hommes se connaissaient par coeur, et pouvaient anticiper les décisions de l'autre.




AURÈLE - INTENDANT





Aurèle est un personnage pernicieux, un être cupide et traître qui n'a comme relations que des débiteurs. Et Sara sait qu'ils sont nombreux, c'est là raison pour laquelle il a un droit viager de siéger au Conseil de Régence. Une immense majorité, voire la totalité des membres du Taillevent aimerait le voir quitter le vaisseau, mais le destin décida qu'il fut le trésorier le plus compétent de sa génération. Sara Trajen et ses conseillers se trouvent régulièrement dans l'embarras de devoir répondre des exactions et transactions douteuses menées secrètement par leur intendant. Et à chaque fois, l'Amiral en prend l'entière responsabilité et assume les sanctions sans broncher, sans qu'Aurèle et son poste soit menacé. L'immunité judiciaire de ce sombre comptable est pourtant connue, mais le jeu de l'hypocrisie profite à un consensus majoritaire au Sénat, où la corruption se démocratise et entache les plus hauts dignitaires de l'institution intergalactique. Les pots-de-vins versés anonymement par Aurèle -qui protège fermement son identité - dépassent parfois la rémunération officielle des sénateurs.
Et tout ça, sans que personne ne sache réellement qui tire les ficelles. Bien sûr, toute la malversation du Sénat n'est pas du fait d'Aurèle, mais la part dont il est responsable est sous-estimée, et le restera tant qu'il n'est pas découvert. Pour protéger son affaire, l'intendant du Taillevent utilise plus que son génie calculateur. De temps à autres la nature dote les individus les plus sombres de qualités qu'ils mésusent. Aurèle peut depuis toujours modifier l'apparence de son visage, de son corps tout entier jusqu'à son ADN, pour passer pour un autre ou inventer une identité. Ce talent trouve sa limite dans le sommeil puisqu'il nécessite la pleine conscience du cerveau et une concentration extrême pendant toute l'imposture. Sara elle-même ne pourrait déceler la supercherie, et ne peut se reposer que sur la maigre confiance qu'elle accorde à son trésorier pour ne pas douter de tout. Elle ne doit d'ailleurs cette information que grâce à la bonne volonté de son trésorier qui sait de toute façon que ça ne change rien. Certains matelots le soupçonnent de pouvoir se battre, après avoir constaté certains réflexes qui trahissent un passé empreint de méfiance.
Son intégration sur le Taillevent date du mandat de Daggerfall, et l'ancien Amiral ayant toujours été très vague à ce propos, personne ne sait à quoi Aurèle doit son recrutement. Il en est de même pour son passé, qu'Aurèle se garde bien de dévoiler.



OCTAVIA - QUARTIER-MAÎTRE





Octavia parvînt à maîtriser la force sur Shun, où elle suivit un parcours insoutenable, choisit par ses parents pour atteindre le grade de Maître. Elle passa la majeure partie de son enfance dans les centres d'entraînement du Grand Pouvoir, se refusant toute amitié, toute collaboration, conformément aux consignes de sa famille, et en dépit des conseils de ses mentors. La jeune fille paya rapidement le prix de son indifférence lors des première séances collectives. Elevée dans la crainte et la peur de l'autre, les cicatrices de son éducation étaient irrémédiables. Pourtant elle fut acceptée comme Élue lorsqu'elle en eut l'âge : son talent pour la force était évident et surpassait largement celui de ses collègues du même âge. Le rythme effréné qu'elle s'imposait masquait un cruel manque de relations sociales et d'affection, ses instructeurs le comprirent rapidement mais leurs efforts pour inverser le cours des choses étaient vains. Bientôt, ce qui était une obsession devînt une addiction. Octavia oublia les préceptes de sagesse qu'on lui inculquait parallèlement à son entraînement. Force et esprit composent un tout qui ne tolère aucune faille, mais la jeune femme était sourde aux leçons dogmatiques qu'elle avait l'impression de subir. Sa soif de pouvoir insatiable inquiéta sérieusement le Maître qui la suivait, et fut la cause de ses nombreux avertissements. Ceux-ci s'accumulèrent sans qu'Octavia semble y prêter attention. Lorsque finalement, on la menaça d'exclusion de l'Ordre, elle franchit la limite qui sépare l'inconscience et la véritable noirceur. Son Maître titulaire s'était chargé de lui faire parvenir personnellement la lettre de mise à pied, lui qui s'était impliqué dans la formation de la meilleure élève de sa carrière. Il était persuadé de pouvoir contrôler les souffrances tapies dans les tréfonds de son âme, à défaut de pouvoir les effacer, pour faire d'elle à son tour, une Maître aux capacités exceptionnelles. Certes, la transmission du savoir et la fibre pédagogique ne l'auraient jamais intéressée, mais les rangs de l'armée Shun Hun auraient été gonflés par la puissance d'un tel individu.
Octavia ne supporta pas la lecture de la lettre. La folie qui s'empara d'elle effaça les doutes de son mentor qui agrippa discrètement son arme, conscient de ce qui allait se produire. Le maître allait affronter l'élève dans un combat qui avait déjà perdu son sens. Lui aurait refusé le duel mais il était question de sa survie. En un instant, Octavia enclencha ses deux sabres de couleur verte. A ce moment, son mentor se rappela du moment où ils choisirent ensemble le cristal qui concentrerait le laser du sabre. Il lui avait expliqué les significations de chaque motif, ce que démontrait telle ou telle couleur. C'était pour lui un instant marquant parce qu'il était, de sa mémoire, l'une des rares fois où il avait l'attention d'Octavia.
Les premiers coups sonnèrent le glas dans les cœurs des deux combattants : l'on frappait maintenant pour tuer. La période d'entraînement était révolue. Octavia, fidèle à elle-même, usait plus de la Force que de son sabre. Les émotions de la jeune femme décuplaient l'intensité des pouvoirs qu'elle invoquait, au détriment de la précision. Le Maître, lui, canalisait son énergie pour battre son adversaire sur la durée. Le combat était spectaculaire ; le village dans lequel habitait Octavia subissait de lourds dommages collatéraux à chaque coup qu'elle portait. La foudre qu'elle faisait jaillir de ses mains s'assombrit peu à peu, jusqu'à ce qu'elle emprunte des reflets si sombres qu'il était difficile de les apercevoir dans l'obscurité. Le Maître avait rarement vu une telle haine influer sur un combat, aussi bien dans la forme que dans le fond.
L'instructeur se rendit finalement compte, toute expérimenté et Maître qu'il était, que sa stratégie était inappropriée. Il affrontait un ennemi qui puisait ses forces dans l'obscurité infinie de son être, qui donc était loin d'avoir atteint les limites de son endurance. Peu à peu, Octavia prit l'avantage. Ses assauts incessants obligeait le mentor à être perpétuellement sur la défensive. Les fenêtres d'attaque se faisaient de plus en plus rares à mesure que le sabre d'Octavia s'abattait dans sa frénésie toujours croissante. Enfin, en hurlant de rage, l'élève projeta son maître contre un mur naturel de pierre avec sa seule Force. Le professeur était stupéfait de ne pouvoir répliquer par le même moyen. Impuissant, saisit par la gorge à distance, il projeta à toute vitesse son sabre à double tranchant en tourbillonnant, dans un ultime assaut. Octavia y perdit la main gauche. Mais ni la douleur, ni la stupéfaction d'avoir perdu un membre ne stoppèrent la jeune femme. Octavia, imperturbable, lâcha son sabre pour asséner avec sa main droite le coup fatal, une déferlante d'éclairs parfaitement noirs qui déchiquetèrent son Maître.
"Et mon entraînement s'achève ici, Maître. Merci.".




HADRIEN - REGULATEUR





De temps à autres, ni la guerre ni la diplomatie ne peuvent résoudre les conflits. Lorsque l'Amiral du Taillevent se retrouve dans une telle impasse, il a traditionnellement recours à un élément qui s'est démarqué par le passé, qu'il nomme ad vitam eternam Régulateur. C'est une tâche lourde qui ne se refuse que par démission du vaisseau, et qui engage contre son gré l'un des meilleurs soldats du Taillevent. L'Amiral peut désigner à cet effet n'importe qui, pourvu qu'il ne s'agisse que d'une personne et que ses antécédents soient irréprochables. Lorsque Sara prit le pouvoir, elle n'eût aucune idée de qui choisir, elle qui ignorait encore beaucoup des hommes qu'elle avait sous ses ordres. Ne pouvant se résoudre à choisir au hasard son homme de main officiel, la jeune femme opta pour un concours ouvert à tous les soldats aptes et motivés. Le principe était simple : il fallait s'échapper d'une pièce vide, hermétique, dont la porte était scellée. Avant l'entrée du candidat, celui-ci avait le choix entre un couteau, une pince ou un pistolet.
Parmi ces trois objets, aucun n'était utile, le choix servait simplement à faire le tri entre les hommes. Peu le comprirent et tous ou presque saisirent un objet, au cas où.
Sara fit un discours d'introduction, présenta les lieux à chacun d'eux, leur annonça que la porte blindée allait être fermée, puis sortait en contemplant leur attitude. Des dizaines de soldats tous aussi aguerris les uns que les autres échangèrent tour à tour leur place dans la mystérieuse pièce. Le scénario était le même à chaque fois : les premiers instants, le soldat s'attaquait à la porte. Ensuite, il scrutait chaque coin de mur pour apercevoir une trappe ou un semblant d'irrégularité à la surface des parois. Cela pouvait prendre des heures, avant qu'ils ne se rendent en tapant contre la porte. D'autres, plus malins, rusèrent en feintant un malaise ou une maladie, pour sortir de la pièce de manière subtile. La supercherie n'eût pas l'effet escompté ni la première fois, ni les suivantes. D'autres encore, plus rares, tentaient de déchiffrer un mot de passe dans les consignes qui furent données, et criaient ensuite à voix haute leurs hypothèses. Toujours en vain. A chaque fois, c'était la même chose : un abandon.
Puis, après la troisième semaine d'épreuve, un homme au visage camouflé, dénommé Hadrien, se présenta silencieusement. Il écouta attentivement les consignes, puis rentra calmement dans la pièce. Il s'accroupit dans un coin pour en fixer un autre, et resta immobile. Pendant des heures. Douze, puis vingt-quatre, sans que le mystérieux soldat ne bronche ou ne montre un quelconque signe de fatigue. Trois jours, c'est le temps qu'il fallut à la porte pour s'ouvrir. Sara avait trouvé son homme : il lui fallait quelqu'un qui n'abandonne pas. Elle savait que la pièce n'avait strictement aucune issue, quelque soit les moyens utilisés. Tout l'intérêt était d'observer la réaction des hommes pour déterminer celui qui serait le plus à même mentalement et physiquement de ne pas flancher, et de rester obstiné dans son choix.
Mais quand Sara entra, il n'y avait personne dans la pièce.



IRÈNE - CAPITAINE DE FREGATE




Irène est le plus jeune capitaine de frégate du Taillevent, tout sexe confondu. C'est tout simplement elle qui dirige l'immense vaisseau, elle et cinq autres hommes de son choix. La jeune femme naquit dans l'espace à bord de l'engin qu'elle dirige. A l'âge de cinq ans elle désertait le centre des jeunes pour observer le vide sidéral depuis un hublot. Elle pouvait y passer des heures, jusqu'à ce que finalement on la surprenne avant de la ramener avec ses camarades. Les fugues ne cessèrent jamais et gagnèrent en intensité avec le temps. Le hublot perdit de son intérêt au profit des conduits d'aération, des passages secrets et des cales abandonnées. Elle élabora pour le plaisir une carte détaillée du vaisseau, niveau par niveau, qu'elle actualisait à chaque retour d'expédition. Ses instituteurs militaires désespéraient de la voir n'en faire qu'à sa tête, et finirent par la renvoyer des cours. Ses parents qui l'avaient déjà mise en garde, furent morts de honte lorsqu'ils apprirent la nouvelle. Irène, elle, ne broncha pas, elle se fichait bien des leçons de guerre et d'orthographe, la seule chose qu'elle désirait était d'explorer chaque recoin de ce vaisseau "pour le connaître mieux que personne". On l'intégra à la lingerie pour la punir de sa désobéissance.
Lorsqu'elle atteint l'âge de quatorze ans, après avoir erré de service en service, Irène, qui n'avait pas perdu sa passion pour la découverte, délaissa le vaisseau pour les expéditions terrestres. A chaque escale, la jeune fille se débrouillait pour éviter les forces des marines qui débarquaient, et tentaient avec plus ou moins de réussite de poser un pied sur la terre ferme.
Un jour que le Taillevent amarrait à proximité du Sénat, Irène infiltra le poste de commande pendant que tout le monde s'affairait à assurer la bonne procédure habituelle. Les pilotes, trop occupés pour regarder autour d'eux, s'échangeaient des consignes tout en tapotant sur des boutons. L'oeil extérieur d'Irène était fasciné, le passage des ordres était limpide, la quantité d'écrans holographiques impressionnante, et le savoir-faire de la brigade lui faisait envie. La jeune femme resta cinq minutes à contempler l'orchestre, en rêvant d'en devenir le chef. La manœuvre terminée, les cinq collègues se félicitèrent et relâchèrent la pression accumulée. Quelques congratulations, un dernier mot d'ordre puis la découverte d'une jolie jeune fille à leur bord. Amusés, ceux-ci reconnurent Irène qui avait abandonné son habituelle attitude désinvolte. Juste avant de la renvoyer hors du centre de pilotage, le capitaine de frégate lui demanda si le travail l'intéressait, ce à quoi Irène répondu immédiatement "oui". Sous l'oeil effaré de ses confrères, David lui tendit la main, et lui lança "demain huit heures, ici".

Depuis, Irène fait profiter de son génie au Taillevent. Plus qu'une capitaine de frégate, sa culture intergalactique lui permet d'exceller dans son domaine et de collaborer avec les commandants militaires. Elle descend régulièrement sur les planètes qu'elle aborde lorsque la mission n'est pas violente, pour en contempler la géographie et prendre des notes.  




PERTINAX - MAÎTRE CALFAT




Pertinax fut recruté suite à un recrutement public de techniciens, mécaniciens, informaticiens et d'architectes logiciel. Le recrutement dura quelques dizaines de minutes seulement, car un homme répondait à tous les postes mentionnés et le prouva après une série de questions pointues. Il présenta ses créations, dont il avait pris des clichés, et dévoila un robot d'une puissance démesurée, qu'il disait être capable de contrôler à distance ou de l'intérieur pour pouvoir combattre s'il le fallait.
L'on ne prolongea pas les entretiens, Pertinax fut immédiatement amené devant Daggerfall qui valida l'intégration après avoir contemplé de ses propres yeux le chef d'oeuvre de Pertinax : le Nonus, un titan de fer capable d'anéantir de ses poings tout ce qui est constitué de métal, d'aciers ou d'autres minerais naturels ou non.
Pertinax navigue à bord du Taillevent depuis près de vingt ans et est l'auteur des cyborgs à la pointe de ce qui se fait aujourd'hui. Nonus, son éternel partenaire artificiel, est toujours le sujet de soins, de réparations et d'améliorations, il est le deuxième homme de ce duo infernal et génial.
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